J’ai peur, ce soir. J’ai peur pour mon pays, j’ai peur pour ceux qui l’aiment, j’ai peur pour nos enfants.

Je voudrais crier, à tous ceux qui bradent la France, à tous ceux qui la salissent, à tous ceux qui la lâchent, parce qu’ils ont oublié de se pencher sur Verdun et Austerlitz, qu’ils sont en train de vendre un des plus grands peuples d’Europe et du monde. Par peur, par corruption, ils signent tous, le sourire en coin, d’une patte de Judas, notre arrêt de mort.

Ils nous trahissent gaiement, emplis d’une répugnante bonne conscience, désireux de dresser ce peuple si libre et si puissant, ce peuple qui ose exiger le respect de ses lois, de ses élémentaires sécurités, de son identité. Ils nous goulaguisent lentement, mais sûrement, depuis plus de trente ans, sourds aux cris de rage et de souffrance de Français qui sont à bout et vont jusqu’à s’armer, l’amertume au cœur et la peur au ventre.

Je ne veux pas de ce pays-là. Mettez-moi dans la case que vous voulez, dans celle qui contentera votre dégoûtante petite conscience de moutons satisfaits d’eux-mêmes, je m’en fous. Je suis française, et je ne veux pas que la France meure. Et si, pour ce crime, je dois, comme c’est prévisible, passer pour une ignoble petite facho, tant mieux. Toute insulte de leur part me raffermit, me donne le coup de fouet chaleureux qui me pousse plus loin encore dans la course. Je veux que mon pays reste fidèle à lui-même, grand, digne, généreux, fier, souverain, admirable, capable de créer des Saint-Exupéry, des De Gaulle, des Marie Curie et des Charles Martel.

Je veux rire avec Feydeau, croiser des poivrots heureux de gueuler leur amour de la treille et leur joie d’être absurdement bourrés, je veux pouvoir m’engueuler et débattre pendant des heures à propos de la foi, de la raison, de la science, de Voltaire et de Napoléon, je veux que nos campagnes et nos villes vivent, que ce pays reste capable d’attirer des Dali et des Brel. Je veux la fierté, Marianne, Notre-Dame de Chartres, Céline et Bernanos, Dior et des Carmélites, je veux de la grandeur et de la finesse. Et non cette pitoyable exhibition de maîtres-censeurs décérébrés sommant des êtres humains libres et dignes d’accepter une existence insupportable, faite de renoncement avilissants et de lâchetés ignominieuses.

Je veux vivre dans un monde normal, un monde où je ne craindrai pas de sortir seule dans la rue, un monde où je ne devrai pas subir l’insolent, le révoltant spectacle de femmes niqabisées me méprisant pour mes chevilles nues et mon visage offert, un monde où la catholique que je suis ne devra pas prier dans une cave, la peur au ventre, un monde où les professeurs pourront dire que la France est une belle chose, un monde où j’aurai le droit de rire de moi-même et des autres, sans craindre une fatwa ou d’être exécutée sur place, la peau brûlée d’acide ou de flammes, un monde où ce ne seront pas des barbus sauvages et leurs complices cathodiques qui décideront de ma façon de parler, de rire, de grandir et de penser.

Je veux vivre dans mon pays. Est-ce un crime ? Et peut-on me reprocher mon indignation, ma colère, quand je sais que sur cette terre de Rabelais et de Bossuet, on saccage l’enseignement sciemment, pour créer des êtres aux yeux écarquillés sur le vide, petits soldats heureux d’accepter un pays aux racines sauvagement arrachées, à l’avenir brisé ? Peut-on me reprocher d’avoir envie de hurler quand je sais le quotidien de millions de Français insultés dans les journaux, crétinisés par les politiques, menacés et terrorisés quotidiennement par des bandes de sauvages à l’écœurante impunité ?

J’ai peur, mais je ne lâcherai rien. Je ne lâcherai rien parce que j’ai été élevée avec le respect absolu de mon pays, avec le culte de ses morts, parce que ce pays est sublime, parce que si je devais le quitter pour pouvoir vivre libre ailleurs, j’aurais le sentiment de perdre mon oxygène et l’estime de moi-même.

Je tiens à ce pays et je veux que mes enfants y vivent. Je crie ce mot « liberté » d’autant plus fort qu’il ne m’a jamais paru aussi fragile, en ces temps où les commissaires de la pensée nous fliquent jusque sur les terrains de foot.

Rappelez-vous, rappelez-vous bien le passé. Rappelez-vous les conquêtes musulmanes, les viols, les génocides que la très sainte religion d’amour et de paix a eu la délicatesse d’offrir à la face de l’Histoire. Rappelez-vous ces journalistes égorgés en direct, ces femmes enterrées vivantes, ces hommes pendus, ces êtres crachant sur le martyre de soldats britanniques. Je pense aux hommes qui ont bouffé leurs chaussures sur le Chemin des Dames, aux résistants aux ongles lentement arrachés, je pense à tous ceux qui au cours de leur vie ont résisté courageusement, au nom de l’amour de ce pays.

Je l’ai déjà écrit, je prends le risque de me répéter : le sang a coulé, coule, et va couler, plus violemment, plus rapidement que nous ne le pensons. Si nous ne gagnons pas les quelques petites batailles qui s’annoncent, soyons tous convaincus que ce ne sont plus des lois que nous devrons défendre, mais notre peau. L’histoire répète son monotone refrain de la Bêtise qui mène au Massacre. Je ne pensais pas prononcer ces mots-là un jour, si jeune. Je les prononce aujourd’hui, infiniment consciente que je ne me trompe pas, consciente aussi que les centaines d’anecdotes terribles que nous apprenons chaque jour ne forment que le préambule de temps encore plus effrayants.

Je ne pensais pas non plus vivre un jour une guerre civile. J’essaie désormais de m’y préparer, et je le dis sans joie, avec l’unique et réel souci que chacun saura réagir à la mesure de la gravité des faits, pour éviter que notre pays ne subisse de tels drames.

Myriam P.

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