LE PLUS. Quel avenir pour le journalisme politique à l'ère de Twitter ? C'est la question que pose un tweet posté cet après-midi, comprenant une photo du présentateur du JT de France 2, sortant du QG présidentiel de Nicolas Sarkozy, situé rue de la Convention à Paris. Rumeurs, fantasmes, suspicion de collusion ? La machine à imagination est en marche.

Par Bruno Roger-Petit Chroniqueur politique

Edité par Henri Rouillier   Auteur parrainé par Benoît Raphaël

Ce tweet est accompagnée d'une petite photographie, mise en ligne par ce même auteur du tweet, un journaliste politique de BFMTV, montrant David Pujadas, présentateur du journal de 20 heures de France 2, dans la rue où se situe à Paris le siège de campagne de Nicolas Sarkozy, au 18 rue de la Convention.

 

 Photo du compte Twitter de @benjaminovitch

Dissipons d'entrée de jeu un premier soupçon : oui, cette photo a bien été prise devant le siège de campagne de Nicolas Sarkozy, une petite enquête via Google Earth en atteste, le reflet des immeubles dans la vitre située derrière David Pujadas identifie bien le lieu de la photographie, de même que la police de caractère qui est la même que sur l'affiche de campagne du candidat.

Des questions qui se posent immédiatement

Cette photographie anodine est extraordinaire dans la mesure où elle représente un formidable déclencheur pour la machine à imaginaire qui réside en chacun de nous. Il suffit de lire le tweet, rédigé ironiquement, et de contempler l'image de David Pujadas, réajustant son manteau, ce qui indique qu'effectivement, il n'était pas que de passage dans la rue, pour qu'aussitôt une foule de questions submerge notre cerveau.

Que faisait là le présentateur du 20 heures de la 2 ? A-t-il vraiment rencontré Nicolas Sarkozy ? Et si oui, pourquoi ? Pour préparer l'entretien du 20 heures de ce mercredi 22 février ? L'émission Des Paroles et des actes de mars prochain ? Peut-on imaginer une autre raison à sa présence en ces lieux ? Une visite de curiosité ? Mais alors pourquoi ne pas être venu avec les autres journalistes lors de l'inauguration officielle de samedi dernier ? On organise des visites de VIP dans ce QG ? Etc...

Cette photo n'est pas sans évoquer une anecdote célèbre de l'année 1981. Cette année là, des journalistes des chaines publiques de l'époque s'étaient amusés à suivre leurs directeurs de l'information et responsables des services politiques de l'époque car ils étaient certains qu'ils se rendaient dans le très giscardien palais de l’Élysée d'alors, pour y recevoir des consignes diverses et variées destinées à éclairer la ligne éditoriale de leurs journaux télévisés. Si l'on transpose cette anecdote au monde d'aujourd'hui où les choses étant d'une certaine façon les mêmes, les journalistes de télévision en vue sont aussi suspects de complaisance que leurs prédécesseurs de 1981. On imagine aisément ce que cela aurait pu donner, il y a trente ans, avec Twitter et des téléphones portables munis d'appareils photos.

Le journalisme en transition

Entendons-nous bien. On ne sait pas les raisons pour lesquelles David Pujadas se trouvait là, et si l'on se place dans une autre perspective, cela n'a pas d'importance. Sans doute avait-il, de son point de vue, toutes les justifications du monde.

Non, ce qui est passionnant, c'est de constater qu'un journaliste incarnant un vieux média, traditionnel, institutionnel et conventionnel, ne peut plus aujourd'hui se rendre au QG de campagne d'un candidat président sortant à l'élection présidentielle, le tout à la veille de rendez-vous télévisuels importants, sans que l'un de ses confrères 2.0, plus en phase avec son temps, n'éprouve le besoin de le faire savoir à l'ensemble de population.

Ce tweet et ce cliché ne sont donc pas anodins. Ils sont le symbole d'un monde journalistique qui meurt et d'un autre qui nait. La transparence, exigeante et contraignante, s'impose désormais partout, en tout et à tout le monde.

Les mammouths du journalisme politique à l'ancienne, dont un présentateur de 20 heures d'une chaîne de service public est l’emblème ultime, ce qu'ils incarnent, ce qu'ils portent, sont en passe de s'éteindre au profit d'un nouveau journalisme politique, plus réactif, donc plus évolutif, donc plus en phase avec son environnement.

Pour rester dans le registre de la métaphore préhistorique (et faire dans le grandiloquent, une fois n'est pas coutume) disons que le journaliste qui a pris cette photo et l'a "tweetée" a accompli un geste aussi important, à l'échelle de l'histoire du journalisme, que le sapiens qui décida d'en finir avec le dernier néandertalien.

Ceci n'est pas un tweet, c'est une évolution.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/330318-qu-est-venu-faire-david-pujadas-au-qg-de-sarkozy.html