La perversité devient-elle artistique quand elle est bien emballée ?

Deux actualités, ou plutôt trois d’ailleurs, se chevauchent en ce moment : l’affaire Polanski, le meurtre de Marie-Christine Hodeau (réduite à n’être qu’une joggeuse dans l’esprit collectif… sans commentaire) et enfin la photo nue de l’ex-fillette Brooke Shields.
Cette photo de Brooke Shields à 10 ans, les yeux outrageusement noircis, la peau luisante et la moue suggestive appelant le mâle qui la regarde fait débat. D’un côté les protecteurs de l’art, protecteurs de tout en fait, bobos sur-tolérants et anarchistes vêtus de gilets à franges en vraie laine mais englués dans leur sécurisante bourgeoisie, de l’autre les gens un peu moins tolérants, qui tentent de faire la part des choses, entre une tolérance plus réfléchie et le respect de valeurs non négociables. N’ayant aucune sympathie pour la classe boboïsante qui accepte tout et son contraire (puisque sur-tolérante, n’est-ce pas), je fais forcément partie de la deuxième catégorie. Le fait d’avoir trois enfants ajoute peut-être à une inclination responsable. Je parle pour moi.
Bafouer l’innocence enfantine pour le seul plaisir de l’adulte, fusse-t-il seulement artistique, est-ce raisonnable ? Massacrer les éléphants pour la seule beauté d’une statuette d’ivoire dans sa bibliothèque, est-ce raisonnable ? Il y a un moment pour laisser s’exprimer librement la création et un moment pour se demander si le plaisir personnel peut suffire à tout justifier.
Une fillette nue sur une plage en train de faire des pâtés c’est innocent et charmant, la maquiller comme une prostituée en lui faisant prendre des poses suggestives c’est attirer vers elle des regards beaucoup moins innocents. Après, la perversité est dans l’œil de celui qui regarde et peut naitre aussi de la gamine de la plage. Aux parents de ne pas exposer leurs bambins à tous les regards. S’il y en a d’assez arriérés pour faire poser leur fille comme une pute ou lui faire porter des strings à 8 ans, c’est quand même que la civilisation a raté quelque chose quelque part.
Par ailleurs, outre cette utilisation enfantine à des fins voyeuristes de grandes personnes, il est tout aussi flagrant que les femmes sont utilisées aux mêmes fins. En clair, les petites filles et les femmes sont invariablement offertes au plaisir des seuls mâles. Il suffit pour s’en convraincre de passer devant n’importe quel kiosque à journaux : des seins, des fesses, des foufounes, des langues gourmandes… Les seuls hommes visibles un peu dénudés (merci pour les jolies tablettes) sont encore destinés aux hommes ! Et le tout à hauteur d’enfant. Autrefois ces revues étaient placées en hauteur, un peu cachées, la clientèle des fidèles savait où la trouver. Maintenant c’est des nichons pointés - faux la plupart du temps - qu’on se mange, si je puis dire, à tous les coins de rues.
Les temps changent, on s’habitue. On vit adultes dans un monde d’adultes : la rue est faite pour les adultes, les programmes télé sont faits pour les adultes avec des pubs pour des sites coquins, des gens nus sous la douche ou en train de se trémousser les uns contre les autres dès 18h (Castaldi, si tu me lis…), des nanas à poil pour vanter les bienfaits d’un yaourt qui les aide à digérer… ben oui, on digère mieux sans vêtements, tout le monde sait ça (Danone, si tu me lis…).
Il n’est pas question de se cacher sous une pudibonderie hypocrite et pas forcément saine non plus d’ailleurs mais de là à nous inonder de sexe pour tout et pour rien, c’est un peu lassant et d’une utilité généralement contestable. Je ne suis pas contre la nudité mais à forte dose c’est comme de bouffer du cassoulet tous les jours : ça gave !
S’insurger contre la censure c’est bien, j’en suis. Mais il serait bon de s’interroger sur les limites de l’art si était publiée la photo d’un enfant au lit avec un pédophile si celle-ci était signée d’un célèbre photographe ? Serait-ce encore de l’art ? Serait-ce encore acceptable ? Si cette photo montrait l’enfant de M. Faut-Laisser-Tout-Faire, ce monsieur aurait-il la bienveillance de juger cela encore comme de l’art et de dire qu’il faut laisser faire au nom de la tolérance ? J’en doute.
Imaginer que des pervers font des trucs dégueulasses en regardant des clichés d’enfants mis en scène pour sacrifier aux codes masculins est plutôt gerbant, l’art a bon dos et l’anar-power boboïste aussi.
Ne pas censurer c’est une chose, protéger les enfants c’en est une autre, là il ne s’agit pas de censurer mais de considérer que l’enfant n’a pas vocation à servir de prétexte à des adultes libidineux. Un enfant n’est pas un objet qu’on peut utiliser à des fins personnelles, qu’elles soient artistiques, sexuelles, marchandes… Un enfant est un enfant, point. Il n’est la propriété de personne, pas même de ses parents, il n’est que sous leur responsabilité.
En tant qu’adultes nous sommes censés les protéger et il y a suffisamment d’œuvres artistiques par ailleurs pour qu’il ne soit pas nécessaire d’utiliser des mômes à des fins pseudo-artistiques contestables. Le photographe savait pertinemment ce qu’il faisait, la gamine a fait confiance parce qu’à 10 ans on fait confiance aux adultes. Brooke Shields a été trahie par deux adultes qui ont fait affaire sur son dos, est-ce que l’art est à ce prix ?
Comme toujours lorsque ce n’est pas son propre enfant c’est toujours plus facile d’être détaché, voire moqueur. Tout comme il est facile de signer une pétition pour faire libérer un violeur au prétexte qu’il est « célèbre » et qu’il « a du talent ». L’utilisation d’enfants pour satisfaire à ses propres pulsions dans le cas de Polanski ou à des exigences artistiques pour le photographe relève dans les deux cas d’une satisfaction egocentrique. L’assouvissement de l’ego de Polanski ne s’est pas embarrassé de problèmes techniques : il a drogué la gamine. Facile après de dire qu’elle ne s’est pas défendue, et pour cause. Trente ans plus tard il ne comprend toujours pas ce qu’il a fait de mal. Celui-là ne serait certainement pas volontaire pour un traitement chimique, ses pulsions il les revendique haut et fort : il « aime les jeunes femmes »… de 13 ans. Le tout avec la bienveillance du gratin artistique, Monica Bellucci, Jeanne Moreau, Frédéric Mitterrand, Bernard Kouchner, Jack Lang évidemment… Jack Lang forcément. No comment. Quant à Nadine Trintignant… battre une femme c’est mal mais violer une petite fille, pour elle pas de problème. Quand je pense que la France entière a pleuré avec elle la mort de sa fille. C’est toujours pareil, quand c’est la fille d’une autre c’est tout de suite moins important. Ego, ego, quand tu nous tiens !
Le photographe n’a pas violé, en tout cas pas physiquement, mais le viol s’est fait par le regard et par l’apposition d’un voile de perversité sur un corps innocent de 10 ans. Son ego s’est satisfait d’un simulacre mais, comme la victime de Polanski, Brooke Shields se sent encore salie par cette rencontre avec un homme, un mâle à l’esprit tordu. Même époque, mêmes dégats : une vie à vivre avec. Car un viol ne se résume pas à un acte qui prend fin une fois passé, il a des conséquences à long terme, sur la vie de femme, sur la vie de couple, sur la sexualité, sur la relation aux autres, comme les ondes invisibles d’une bombe qui n’en finissent pas de s’étendre et de dévaster.
Un violeur est un détraqué, il doit être traité pour ne plus nuire et en tout cas prendre conscience de la gravité de ses actes et de la nécessité de ne plus les reproduire. Tous se sont pas capables de cela, les volontaires au traitement ont déjà conscience que ce qu’ils font est monstrueux. Les autres s’en foutent ou l’ignorent. Quand ils se font prendre, ils font quelques années de prison puis sont relâchés et recommencent ou passent à l’étape supérieure en tuant des femmes innocentes en train de faire leur jogging. Et là on se dit que peut-être il y a quelque chose qu’on n’a pas fait. Le problème c’est qu’à chaque cas semblable on se dit qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas fait. Peut-être serait-il temps de faire vraiment quelque chose pour protéger les femmes, les enfants, ceux qui sont susceptibles de croiser la route d’un détraqué sexuel, qu’il soit bouseux ou cinéaste… ou ancien ministre.
La langue de bois c'est tendance
De nos jours il est bon de pratiquer la langue de bois, c’est tendance. Tu dis ce que tu penses, tu es automatiquement traité de raciste quoi que tu aies dit. Oui, car « raciste » est devenu l’insulte suprême : tu n’aimes pas les araignées, c’est du racisme, tu engueules la nana qui te bouscule dans le bus, c’est du racisme, un couple de blancs s’embrasse, c’est du racisme…
Il faut faire de la discrimination positive : les blancs ne devraient bécoter que des noires sous peine de sanction, les pédophiles devraient être représentés à l’Assemblée sous peine de sanction. Et les serial killers, hein, pourquoi ne voit-on pas de serial killers au gouvernement ou à la Poste ? Mais que fait la Halde ? Les nazis c’est pareil, il n’y a personne pour les représenter. Discrimination vous dis-je !
Et oui, discrimination et racisme sont les maitres-mots du 21e siècle. On a colonisé, esclavagisé donc il faut nous racheter une conduite. Bon, les colons ce n’était pas nous car nous n’étions pas nés, nous n’avons rien fait de mal nous les enfants du 20e siècle mais on se sent obligés de payer pour nos ancêtres, culpabilité oblige. Soit.
Alors on tape sur tout ce qui pourrait nous rappeler que nous descendons d’anciens racistes, on ne doit pas dire « noir » mais « black ». Black c’est correct, noir c’est mal… L’anglais est majoritairement accepté mais si je dis le même mot en français je risque de me retrouver au tribunal. Cherchez l’erreur.
Il est d’usage que les protestations viennent des beaux quartiers parisiens, notamment de nos chers artistes avec duplex qui poussent des cris d’orfraies dès qu’on ose parler un langage inapproprié. Coooomment ?! Des blancs à Evry !!! Mais vous n’y pensez pas, ce serait raciste, quelle horreur ! Et de rentrer aussitôt dans leur 200m2 avec la ferme conviction de détenir la bonne parole et le bon droit, profitant d’un instant de grâce pour faire un don à une association. La bonne conscience se satisfait des gros chèques.
La réalité des quartiers ne concerne ces bonnes âmes que lorsqu’elle leur permet de se nourrir des personnages de fiction qu’ils incarneront sur grand écran, « j’ai nourri mon personnage de ces gens que j’ai croisés »… aaah ouais, d’accord.
Seraient-ils prêts à aller vivre à Evry ou à Sarcelles ? A laisser tomber leur duplex pour une HLM aux murs si fins qu’on entend l’interrupteur du voisin chaque fois qu’il allume la lumière ? A héberger chez eux cette famille malienne arrivée le mois dernier ? Non, bien sûr. Chacun chez soi quand même, faut pas déconner. Mais parler aux journalistes, ça, c’est toujours bon, leur dire que les méchants c’est les autres, montrer d’un doigt accusateur le méchant français, raciste comme pas deux, quelle aubaine. On est de gauche nous monsieur et on le fait savoir. « Taxi ! vous me déposerez à Varennes s’il vous plait ».
Le racisme c’est accepter qu’il y ait des quartiers blancs d’un côté et des ghettos de l’autre. Etre blanc quand on habite un quartier blanc rend aisée la critique, il est facile de crier au racisme quand on a la chance de ne pas être ghettoïsé, c’est si confortable de s’époumoner quand on n’est pas concerné.
On reproche à Manuel Valls d’avoir osé réclamer un peu de blancs dans sa ville au nom de la mixité. Le voilà mis au banc des accusés, l’infâme raciste. Honte à lui.
Son crime : prôner la diversité pour une meilleure assimilation et éviter le communautarisme. Mais depuis quand la mixité colorielle est-elle du racisme ? Ainsi assimilation et diversité seraient des gros mots ? Blanc n’est pas un gros mot, pas plus que noir. Etranger n’est pas une insulte, français non plus… quoique… on se demande. Depuis Le Pen le Français est devenu honteux d’être lui-même. Trouble de la personnalité et manque de respect de soi-même… mais si on ne se respecte pas soi-même, comment prétendre respecter les autres, hein ?
Pour l’intégration et la démolition du racisme il faut bien que les nouveaux arrivants soient mélangés avec les blancs, les « blancos, les white » sinon nous ne pourrons jamais vivre ensemble, c’est bien le message de M. Valls.
Vivre ensemble relèverait donc du racisme alors ? On taxe de racisme tout et n’importe quoi de nos jours et les faux-culs sont les premiers à se gargariser du mot, on se demande bien pourquoi… De quel côté sont les racistes, ceux qui veulent le mélange ou ceux qui s’en offusquent ? Moi je sais !! moi je sais !!
Mais la langue de bois sévit aussi ailleurs. Le débat houleux de Bayrou et Cohn-Bendit en est un bel exemple, largement aussi pitoyable que celui cité plus haut. Je ne suis pas fan de Bayrou (pas fan du tout en fait) mais qu’on le critique parce qu’il a fait allusion aux tendances pédophiles de Dany… Ça manquait peut-être de délicatesse mais personnellement je préfère la rustrerie à la pédophilie. Eh bien, il semble que le reste de la France soit d’un avis contraire, ce qui me laisse très perplexe. Les Français n’ont donc pas d’enfants qu’ils se foutent qu’un vieux pervers les tripote et décident de voter en masse pour lui ? Je veux bien voter écolo mais pas pédolo.
La pédophilie c’est tendance alors ? C’est pour être raccord avec notre prophète, c’est ça ? Ah, pardon, j’anticipe… oui parce qu’il parait qu’il est « inéluctable » que l’Europe devienne musulmane dans quelques années. Si, si, c’est vrai, c’est Sarko qui l’a dit.
J’y vois un signe avant coureur qu’il faut se mettre dare-dare à se taper des bambins pour ne pas paraitre ringard ou pire encore… raciste ! C’est ça la discrimination positive, on doit pouvoir se taper tout le monde, les blancs, les noirs, les gros, les enfants…
Animaux du monde planquez-vous, ça va bientôt être votre tour. Oui quoi, il n’y a pas de raison de discriminer les animaux. Manquerait plus que ça !
Dysfonctionnement inquiétant à l’hôpital public
En cas d’accident vasculaire cérébral, le patient doit être traité en urgence absolue. Cela ne pas été le cas pour une dame âgée à Bondy. Témoignage.
"Suite à une chute, Mme C. est transportée à l’hôpital Jean Verdier de Bondy. Il est Première étape : les urgences. Pas de chance, c’est dimanche. Le brancardier qui transporte Mme C. des urgences à la salle de scanner prend le temps de faire coucou aux collègues alors que sa patiente est en train de vomir du sang. C’est la famille qui la met de côté pour être sûre qu’elle ne s’étouffe pas. Il ne s’inquiètera pas non plus de laisser tout ce beau monde tout seul dans le couloir alors que Mme C. devrait être déjà de retour aux urgences. Journée calme aux urgences, dixit des infirmières en grande conversation, mais il faudra malgré tout attendre plus de 10 minutes pour que celles-ci aillent chercher une couverture réclamée par le docteur pour la malade. Le scan arrive. Il montre une fracture de l’os derrière l’oreille et, surtout, un accident vasculaire cérébral (AVC) frontal. Il est . L’urgentiste envisage le transfert de Mme C. dans un service de neurochirurgie d’un autre établissement, l’hôpital de Bondy ne disposant pas d’un tel service. Mais c’est dimanche. Et puis, Mme C. est âgée… Il est quand finalement Mme C. est hospitalisée à Jean Verdier, dans le service de chirurgie. Les jours qui suivent, son état se détériore : elle ne mange plus, elle se plaint de ses jambes, elle se renferme, elle veut rentrer chez elle (les infirmiers auront la bonne idée de lui parler malgré tout de maison de repos. Pas besoin d’avoir une thèse en psycho pour savoir que ce sont des mots qui sont loin d’être thérapeutiques chez des patients hospitalisés). La famille s’inquiète et cherche à interroger les docteurs, tous fuyants et invisibles. Le professeur du service refuse même de la rencontrer. Le personnel soignant assure cependant que, physiquement, tout va bien : le comportement de Mme C. n’est pas lié à un problème physique au niveau de la tête. Les infirmières sont formelles : c’est le syndrome du glissement, typique chez les vieilles personnes qui ne veulent plus se battre pour vivre. La famille dit sa stupeur à l’énoncé d’un tel verdict : jusqu’à son entrée à l’hôpital, Mme C. était une femme, certes âgée, mais autonome et dynamique, membre actif de l’association des familles à Bondy. Difficile de croire qu’une chute pourrait suffire à la mettre dans cet état en 2 ou 3 jours. La famille demande un nouveau scanner pour s’assurer que ce changement de comportement n’est pas le fait d’un problème physique lié à la chute. Mais le docteur, à qui on a collé Mme C., estime que « l’hôpital public ne peut faire plus ». La famille continue de rôder dans les couloirs à la recherche désespérée d’informations. Elle apprend via une infirmière que le premier jour, les urgences ont transmis un dossier relatif à la patiente qui parle d’AVC, mais qu’en l’occurrence ce n’est pas ce dont souffre ladite malade, puisque tout va bien physiquement dans sa tête, sisi, puisqu’on vous le dit que tout est à la bonne place… Vendredi matin aux aurores. La famille fait le pied de grue dans l’hôpital et passe de bureau en bureau. En fin de journée, Mme C. quitte enfin le service de chirurgie dans lequel son état s’est détérioré sans que le corps médical ne réagisse jamais. Elle rejoint le service de médecine. Ça fait maintenant 7 jours qu’elle ne s’alimente plus. Elle est mise sous perfusion. Le week-end passe. Lundi, le psychiatre lui prescrit des antidépresseurs. Mercredi, toujours aucune amélioration, plutôt une constante détérioration. La cadre de santé, en gros la cheffe des infirmiers, parle d’hôpital psychiatrique à la famille… La discussion est tendue, la cadre est agressive, ne supporte pas que la famille s’interroge sur le manque de réactivité devant l’aggravation de l’état de santé de Mme C. depuis son arrivée ou sur le diagnostic d’AVC qui est remonté des urgences et qui a été immédiatement ignoré… La cadre explique qu’il y a eu confusion entre deux patients, certifie que tout a bien été fait, que le changement de service était prévu, que le problème est uniquement psychologique et qu’il ne s’agit en aucun cas d’AVC. Vendredi, 12 jours après la chute, le traitement de Mme C. est arrêté en urgence. L’hôpital la soigne pour dépression, alors qu’en fait, elle a un AVC ! Sauf que le scanner réalisé aux urgences a été égaré (en service chirurgie ?) et qu'il n’est jamais parvenu au service de médecine. Il a fallu en faire un autre, qui a montré les mêmes choses que le premier : un accident vasculaire cérébral au lobe frontal gauche. Les symptômes de Mme C. auraient de toutes façons dû alerter le personnel soignant dès les premiers jours d’hospitalisation, car certains ne sont pas sans rappeler ceux d’un AVC. Le patient victime d’un AVC doit être traité en urgence absolue, dixit les manuels de médecine. Mme C. aura dû attendre plus de 10 jours pour être traitée pour un AVC pourtant diagnostiqué trois heures après l’accident. La famille demande une enquête interne et n’exclut pas le dépôt d’une plainte. Combien de Mme C. qui, parce qu’ils sont jugés trop vieux, sont laissés ainsi à l’abandon par le personnel soignant ? Combien de Mr Y ou Mlle Z qui sont ignorés du corps médical, parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir une famille qui veille ? « L’hôpital ne peut faire plus », dit le docteur. Quand il ne fait absolument rien, on commence à s’interroger sur sa raison d’être. Surtout, on commence à s’inquiéter pour notre avenir à tous. Sandrine Roginsky Suite à une chute, Mme C. est transportée à l’hôpital Jean Verdier de Bondy. Il est Première étape : les urgences. Pas de chance, c’est dimanche. Le brancardier qui transporte Mme C. des urgences à la salle de scanner prend le temps de faire coucou aux collègues alors que sa patiente est en train de vomir du sang. C’est la famille qui la met de côté pour être sûre qu’elle ne s’étouffe pas. Il ne s’inquiètera pas non plus de laisser tout ce beau monde tout seul dans le couloir alors que Mme C. devrait être déjà de retour aux urgences. Journée calme aux urgences, dixit des infirmières en grande conversation, mais il faudra malgré tout attendre plus de 10 minutes pour que celles-ci aillent chercher une couverture réclamée par le docteur pour la malade. Le scan arrive. Il montre une fracture de l’os derrière l’oreille et, surtout, un accident vasculaire cérébral (AVC) frontal. Il est . L’urgentiste envisage le transfert de Mme C. dans un service de neurochirurgie d’un autre établissement, l’hôpital de Bondy ne disposant pas d’un tel service. Mais c’est dimanche. Et puis, Mme C. est âgée… Il est quand finalement Mme C. est hospitalisée à Jean Verdier, dans le service de chirurgie. Les jours qui suivent, son état se détériore : elle ne mange plus, elle se plaint de ses jambes, elle se renferme, elle veut rentrer chez elle (les infirmiers auront la bonne idée de lui parler malgré tout de maison de repos. Pas besoin d’avoir une thèse en psycho pour savoir que ce sont des mots qui sont loin d’être thérapeutiques chez des patients hospitalisés). La famille s’inquiète et cherche à interroger les docteurs, tous fuyants et invisibles. Le professeur du service refuse même de la rencontrer. Le personnel soignant assure cependant que, physiquement, tout va bien : le comportement de Mme C. n’est pas lié à un problème physique au niveau de la tête. Les infirmières sont formelles : c’est le syndrome du glissement, typique chez les vieilles personnes qui ne veulent plus se battre pour vivre. La famille dit sa stupeur à l’énoncé d’un tel verdict : jusqu’à son entrée à l’hôpital, Mme C. était une femme, certes âgée, mais autonome et dynamique, membre actif de l’association des familles à Bondy. Difficile de croire qu’une chute pourrait suffire à la mettre dans cet état en 2 ou 3 jours. La famille demande un nouveau scanner pour s’assurer que ce changement de comportement n’est pas le fait d’un problème physique lié à la chute. Mais le docteur, à qui on a collé Mme C., estime que « l’hôpital public ne peut faire plus ». La famille continue de rôder dans les couloirs à la recherche désespérée d’informations. Elle apprend via une infirmière que le premier jour, les urgences ont transmis un dossier relatif à la patiente qui parle d’AVC, mais qu’en l’occurrence ce n’est pas ce dont souffre ladite malade, puisque tout va bien physiquement dans sa tête, sisi, puisqu’on vous le dit que tout est à la bonne place… Vendredi matin aux aurores. La famille fait le pied de grue dans l’hôpital et passe de bureau en bureau. En fin de journée, Mme C. quitte enfin le service de chirurgie dans lequel son état s’est détérioré sans que le corps médical ne réagisse jamais. Elle rejoint le service de médecine. Ça fait maintenant 7 jours qu’elle ne s’alimente plus. Elle est mise sous perfusion. Le week-end passe. Lundi, le psychiatre lui prescrit des antidépresseurs. Mercredi, toujours aucune amélioration, plutôt une constante détérioration. La cadre de santé, en gros la cheffe des infirmiers, parle d’hôpital psychiatrique à la famille… La discussion est tendue, la cadre est agressive, ne supporte pas que la famille s’interroge sur le manque de réactivité devant l’aggravation de l’état de santé de Mme C. depuis son arrivée ou sur le diagnostic d’AVC qui est remonté des urgences et qui a été immédiatement ignoré… La cadre explique qu’il y a eu confusion entre deux patients, certifie que tout a bien été fait, que le changement de service était prévu, que le problème est uniquement psychologique et qu’il ne s’agit en aucun cas d’AVC. Vendredi, 12 jours après la chute, le traitement de Mme C. est arrêté en urgence. L’hôpital la soigne pour dépression, alors qu’en fait, elle a un AVC ! Sauf que le scanner réalisé aux urgences a été égaré (en service chirurgie ?) et qu'il n’est jamais parvenu au service de médecine. Il a fallu en faire un autre, qui a montré les mêmes choses que le premier : un accident vasculaire cérébral au lobe frontal gauche. Les symptômes de Mme C. auraient de toutes façons dû alerter le personnel soignant dès les premiers jours d’hospitalisation, car certains ne sont pas sans rappeler ceux d’un AVC. Le patient victime d’un AVC doit être traité en urgence absolue, dixit les manuels de médecine. Mme C. aura dû attendre plus de 10 jours pour être traitée pour un AVC pourtant diagnostiqué trois heures après l’accident. La famille demande une enquête interne et n’exclut pas le dépôt d’une plainte. Combien de Mme C. qui, parce qu’ils sont jugés trop vieux, sont laissés ainsi à l’abandon par le personnel soignant ? Combien de Mr Y ou Mlle Z qui sont ignorés du corps médical, parce qu’ils n’ont pas la chance d’avoir une famille qui veille ? « L’hôpital ne peut faire plus », dit le docteur. Quand il ne fait absolument rien, on commence à s’interroger sur sa raison d’être. Surtout, on commence à s’inquiéter pour notre avenir à tous." Sandrine Roginsky
Les mannequins anorexiques font-elles rêver ?
Depuis plusieurs mois une prise de conscience s’est faite dans le milieu de la mode concernant le scandale des mannequins anorexiques suite à des protestations de parents dont les filles se mettaient à vouloir ressembler à des ficelles, suivant en cela les critères KateMossiens devenus tendances. Et encore, Kate Moss n’était pas la plus spectaculairement osseuse. Mais quelle est donc cette tendance criminelle, ou suicidaire selon où se situe, qui veut que pour être belle on doive cesser de se nourrir et donc de vivre ? Que faut-il avoir dans les yeux pour trouver esthétique et enviable un corps décharné comme on en a retrouvé des milliers à Auschwitz ? On ne peut pas ne pas faire le parallèle et superposer l’image d’un corps retiré d’un charnier pour y apposer une robe de Dior ou de Gaultier à de quoi faire frissonner.

Récemment j’ai entendu une interview d’Isabelle Caro qui a fait couler beaucoup d’encre par l’affichage de son corps sur les murs italiens. Elle disait que petite, sa mère la cachait, qu’elle n’avait pas le droit de sortir ni d’aller à l’école, qu’il ne fallait pas que les autres la voient. C’est donc tout naturellement qu’elle a continué à « effacer » son corps, une manière comme une autre de se rendre invisible tout en se niant.
Et c’est cela qu’on donne en exemple aux jeunes adolescentes déjà mal dans leur peau en cette période délicate : efface-toi pour être belle. Un peu comme on dirait soit belle et tais-toi ou… soit belle et t’es toi ? Déjà ça veut dire que seules les belles ont le droit d’être, et les autres ? Elles n’auraient que leurs yeux pour pleurer. Donc pour être belles soyons maigres, arrêtons de bouffer et dégueulons joyeusement pour commencer. Viendront ensuite d’autres symptômes : les dents qui tombent, les yeux qui sortent des orbites, l’haleine fétide forcément, les carences de tous ordres qui laisseront un corps totalement ouvert à toutes les agressions et… la laideur. Parce qu’un corps décharné c’est laid, c’est laid parce que ça ressemble à la mort. Alors le glamour des défilés de papier glacé dans tout ça ?
Mais si l’on en croit les grands couturiers, il paraîtrait qu’une robe portée par un mannequin anorexique tomberait mieux que sur une fille qui a des formes. Ah oui, si c’est pour le bien des robes hors de prix, forcément ça vaut bien le coup de flinguer la santé de quelques mannequins. Pas étonnant qu’elles fassent toutes la gueule quand elles défilent. On ne sourit pas quand on a le vendre vide, il n'y a qu'à voir les affiches de MSF où on voit des Africains malnutris, ils ne sont pas portés à la rigolade. Pour rire et sourire il faut déjà être vivant, CQFD.
Déjà qu’on leur demande de marcher d’une manière ridiculement artificielle – aucun être humain normalement constitué ne marche comme ça – mais en plus on leur dénie finalement tout ce qui fait leur nature humaine / vivante (manger, rire, chier si on part du principe que si rien ne rentre rien ne sort, marcher comme marchait Lucy notre ancêtre et nous-mêmes les humains normaux). Bref, ces filles ne sont que des bêtes à concours, les plus malchanceuses accédant au statut de top model : la privation un cran au-dessus. Seule Laetitia Casta a su imposer son corps et ses formes sublimes et franchement elle reste la plus pulpeuse et la plus joliment féminine et je doute fort qu’elle ne puisse pas porter n’importe quelle robe qui, soit dit en passant, si elle tombe mal sur femme autre qu’anorexique traduirait plus une incompétence du couturier que l'incapacité de la femme à la porter (se reporter au sketch de Fernand Raynaud « y’a comme un défaut » où le type est obligé de se tenir de travers pour que son costume tombe droit).
Personnellement aucune de ces tops filiformes ne me fait rêver, aucune de me fait envier sa place. Je préfère de loin être là où je suis : un monde sans artifices, sans pilules bizarres et autres drogues pour tenir le coup, un monde de rires, de chocolat, de sous marques, d’absence de vouloir paraître, de gâteaux partagés entre copines dont aucune ne fait la tronche, un monde tout simplement joyeux. Un monde humain quoi.

Incompétence de l'Education Nationale
L'incompétence du système de l'Education Nationale n'est décidément plus à démontrer quoiqu'en disent les politiques de tous bords. L'avenir de nos enfants - tant culturel que social et professionnel - est sérieusement compromis. Y aura t-il enfin quelqu'un (ministre, association de parents d'élèves) qui aura le courage de prendre le taureau par les cornes ou la France va t-elle continuer de sombrer doucement vers l'analphabétisation de masse ? Mon petit dernier qui vient d'entrer en 6e il y a quelques jours s'est vu avoir en guise d'interro la conjugaison du verbe chanter au présent de l'indicatif ! En 6ème !!!
Quand il était en primaire, la directrice de l'école également enseignante faisait plusieurs fautes d'orthographe à chaque ligne et les différents panneaux d'information affichés devant l'école en étaient également truffés, une lacune telle qu'elle demandait aux autres instits de lui corriger ses fautes dans les comptes-rendus d'assemblées de parents. Et elle avait une classe à qui elle était censée enseigner le français ! Comment est-il possible qu'on lui ait permis d'accéder à ce poste ? Et elle est loin d'être un cas unique.
L'Educ Nat fabrique en masse des futurs chômeurs (nos enfants, les vôtres aussi donc) et prétend descendre dans la rue si on a l'outrecuidance de leur demander un peu plus de compétence.
Les enfants instruits dans le privé auront plus de possibilités à l'avenir mais tout le monde ne peut pas se permettre de mettre son enfant dans le privé hélas, il faut se contenter d'une école au rabais où les gamins apprenent à conjuguer le verbe chanter au présent en secondaire. C'est lamentable...
Les échecs du primaire et du secondaire produisent des effets désastreux jusqu'au bout de la scolarité. Et les professeurs d'université sont effarés par les copies de leurs étudiants
Ce sont des copies prises au hasard. Des commentaires de texte. Rédigés par des étudiants comme les autres dans une fac ordinaire. Deuxième année de lettres modernes. Dans l'un de ces commentaires, il est question de «profites», dans cet autre, on parle d'un jugement «valabe», et celui-ci évoque des «lois incensées». Tiens ? Sous la plume de cet étudiant, quelqu'un «est exclut» et veut «être juger». Le narrateur est un «perso nne». Pourtant^ ces textes ont été produits par des bacheliers qui ont passé plus d'un an en fac. Des jeunes censés adorer la littérature. Etre amoureux de la langue française. La syntaxe et le choix des mots réservent également leur lot de surprises. «Dans la deuxième partie sont développés une digression», écrit un étudiant. Et un autre : «La petite vérole est une maladie qui dévisage.» Le narrateur s'est «affligé à lui-même une punition». Parfois les étudiants ne font plus la différence entre «la», «Va», et «là» ou entre «et» et «est». Comme si les bases grammaticales étaient réduites à néant.
«C'est la Berezina orthogra phique !» Le cri du coeur est unanime. Chargés de cours ou profs, jeunes trentenaires ou proches de la retraite, affectés dans des facs parisiennes ou provinciales, partisans des méthodes anciennes ou modernes, ils font tous le même constat : au bout de la chaîne scolaire, après douze ans de primaire et de secondaire, pour nombre d'étudiants, de graves lacunes n'ont toujours pas été comblées. « En ce début d’année, il n’y a pratiquement pas de copies sans fautes quel que soit le niveau de l'élève», note Christophe Bigot, 31 ans. Il enseigne pourtant à la crème des étudiants. En prépa au lycée Malherbe à Caen. «Le tout- venant, c'est dix à douze fautes, mais j'ai pu en recenser jusqu'à une cinquantaine dans une copie de licence», explique Jean-François Guennoc, chargé de cours à Paris-IV. Il n'est pas le seul à avoir fait cette observation. Même des étudiants qui rêvent de prendre un jour la plume et de devenir journalistes sont touchés. «Voilà plusieurs années que nous avons dû instituer une épreuve de dictée au concours d'entrée», explique Edith Rémond, pro fesseur à l'IJBA, l'Institut de Journalisme de Bordeaux- Aquitaine (ex-IUT). La dictée du concours 2006 - ouvert exclusivement à des bac+3 - comportait cette phrase : «Devrions-nous accepter leurs oiseaux migrateurs, censément sains ?» Le «censément sains» a eu droit aux orthographes les plus étonnantes de «s'en s' aimant sein» à «sans cernant saints» en passant pas «sans ses mancins».
Aux lacunes orthographiques s'ajoutent des difficultés de vocabulaire. Professeur à Paris-XIII, université de Villetaneuse située en Seine-Saint-Denis, Michel Mathieu- Colas a demandé à ses élèves de première année de lettres modernes de définir certains mots. Résultats étranges : «homicide '.meurtre à domicile», «xénophobe : qui a peur quand il est enfermé», «autochtone : qui aime vivre la nuit. . .», «sporadique : drogué du sport». Michel Mathieu-Colas commente : «Ce ne sont pas seulement les élèves de Villetaneuse mais toute une génération qui se trouve en difficulté avec la langue française.» Effectivement. Invités à définir le mot «vade-mecum», cet aide- mémoire que l'on garde sur soi pour le consulter, la moitié des quelque 800 candidats journalistes à l'école de Bordeaux, tous, donc, rappelons- le, titulaires d'une licence, ont répondu : «un dentifrice». L'adjectif «velléitaire», qui ne se décide pas à agir, a donné lieu à une kyrielle de définitions : «vieux, dépassé, obsolète, qui pense être dans son droit, bagarreur, ambitieux, courageux, cacochyme, rancunière», et beaucoup d'autres...
Amusant ? Pas tant que cela. D'abord, parce que, selon Michel Mathieu-Colas, «nos étudiants sont conscients de leurs difficultés, et ils en souffrent». Ensuite cet universitaire se fait du souci pour l'avenir professionnel de ces jeunes : «On entend dire que l'orthographe, ce n'est pas capital. Quelle hypocrisie ! Les recruteurs qui liront un jour les lettres de candidature ne diront pas, eux, que ce n'est pas important.» Enfin, lorsqu'on ne met pas la même chose derrière le sens des mots, on ne se comprend plus. Ce qui inquiète particulièrement les enseignants des matières scientifiques qui redoutent que leurs étudiants se trouvent un jour bloqués dans leur progression intellectuelle. Joseph Ciccolini, maître de conférences universitaire en pharmaco-cinétique à l'université d'Aix-Marseille, a donné un exercice évoquant le taux d'un médicament«en deçà du seuil de toxicité». Beaucoup d'étudiants - pourtant de niveau bac+4 - ont échoué. «Ils avaient confondu en deçà et au-delà», dit Joseph Ciccolini. On n'ose imaginer les conséquences d'un tel contresens dans la vraie vie. . .
Que faire ? Plusieurs enseignants estiment que, pour une bonne part, les étudiants sont distraits ou désinvoltes, car jamais pénalisés jusqu'alors. «Lorsqu'on pose des exigences, les progrès sont sensibles», dit Laurence Marie, jeune agrégée de lettres qui enseigne en fac. «Dès que les étudiants s'investissent dans ce qu'ils font, l'amélioration est rapide», renchérit Christophe Bigot. Mais l'heure est plutôt aux remèdes de choc. A l'IUT de Grenoble la dictée a été rétablie. Au concours d'entrée à l'Ecole centrale d'Electronique, une école d'ingénieurs, figure une épreuve d'expression écrite éliminatoire, notée sur la syntaxe, l'orthographe et le vocabulaire. Michel Mathieu-Colas donne des cours d'orthographe et de vocabulaire en première année de lettres à Villetaneuse. Ils sont obligatoires. «La progression est encore possible, mais c'est le dernier moment où le rétablissement peut se faire.» Mais pour tous les autres qui n'ont pas rencontré un Mathieu-Colas sur leur route, qu'adviendra-t-il ?
Jacqueline de Linares
Le Nouvel Observateur
Faudel et Macias interdits de chanter parce qu'ils n'ont pas été gentils
Je viens de lire un fait divers affligeant : Faudel et Enrico Macias devaient se produire à la fête des Ecoles de Marseille en juin où ils étaient censés interpréter « Mon pays » et « Enfants de tous pays », chansons à caractère fraternel s’il en est, or leur représentation a été annulée parce qu'ils ont mal voté. La décision d’annuler leur représentation a été prise par la responsable des Amis de l’Instruction Laïque à la suite de la polémique suscitée par la venue des deux artistes qui se sont affichés dernièrement aux côtés de N. Sarkozy. Je trouve lamentable de mettre au piloris des personnes au prétexte qu’elles n’ont pas voté « comme il faut ». Traiter de fasciste Sarkozy est une chose mais de là à assimiler Faudel et Macias à des fascistes c’est carrément grotesque et stupide. Je ne suis fan ni de l'un ni de l'autre mais on ne peut pas nier que ces deux-là symbolisent la fraternité entre les individus d’où qu’ils viennent, sans distinction de race, de nationalité, de couleur. La punition est un peu raide et l’évènement peu rassurant quant à la tolérance dans notre pays car ce n’est ni plus ni moins que de la censure et celle-ci ne vient pas des amis de Sarko mais bien des gens bien pensants de gauche. C’est l’hôpital qui se fout de la charité. Ce sont les mêmes individus bien pensants et dont l’opinion prévaut sur celle des autres qui vont venir faire de la morale en parlant de tolérance. Pour résumer, si t’es pas tolérant t’es un salaud et si tu ne penses pas comme moi t’es un salaud aussi. Comprenons que « je » suis la référence incontestable et le seul habilité à avoir raison. Ah, elle est belle la tolérance ! A moins que tout ça ne soit que de la récupération de gens qui se complaisent dans la victimisation, la leur ou celle des autres (ce qui est encore plus glauque) ? Alors aujourd'hui au nom de la tolérance on interdit de chanter à ceux qui ont voté Sarko (démocratiquement, donc il va falloir faire avec) et demain pendant qu’on y est on affrétera un charter pour renvoyer E. Macias et Faudel en Algérie pour cause de vote non agréé par les bobos ! Eh oui, on en est là. Elle est belle la France boboïsée. C’est lamentable. Et la prochaine étape ce sera quoi, la délation ? La gauche bien pensante commence à me faire flipper, elle devient carrément malsaine.
Quand l'Education Nationale rend nos enfants stupides
NOUVEAUX " PROGRAMMES " DE L'ÉCOLE PRIMAIRE
NE PLUS APPRENDRE À LIRE, ÉCRIRE, COMPTER ET CALCULER.
PROSCRIRE TOUTE FORME DE PENSÉE COHÉRENTE.
Le Ministère de l'Éducation nationale, relayé par les médias, ne cesse de vanter les mérites de l'École primaire, et incrimine le Collège, " maillon faible du système éducatif ".
Mais l'enseignement secondaire ne peut rien construire sur une absence de fondations. Et les programmes des différentes disciplines exigent que les savoirs de base, en français et en arithmétique, soient maîtrisés.
En réalité, bien que les programmes actuels du collège aggravent encore les difficultés des élèves, la source de bien des problèmes se situe en amont. Ainsi M. Ferrier, Inspecteur général de l'Éducation nationale, notait-il déjà, en 1998, dans un rapport intitulé Améliorer les performances de l'école primaire : " Selon les années, ce sont entre 21 et 42% des élèves qui, au début du cycle III (entrée au C.E. 2), paraissent ne pas maîtriser le niveau minimal des compétences dites de base en lecture ou en calcul ou dans les deux domaines. Ils sont entre 21 et 35 % à l'entrée au collège. […] l'institution ne peut pas ne pas prendre très au sérieux la situation ainsi révélée : on peut estimer à environ 25 % d'une classe d'âge la proportion des élèves en difficulté ou en grande difficulté à l'entrée au collège. "
L'acquisition de ces " compétences de base en lecture ou en calcul " suppose des séries d'exercices répétitifs et imitatifs développant l'utilisation de la mémoire : ces activités demandent du temps et sont réalisables à l'âge où l'élève se plaît dans l'imitation des adultes.
Mais :
- le refus de la mémorisation et du " par cœur " au nom du " libre exercice de l'intelligence ",
- la limitation drastique du temps global consacré aux apprentissages fondamentaux pendant les trente dernières années : en français, on est passé, pour le C.P. de 15 h. par semaine en 1967 à 9 h. actuellement, soit une perte totale pour le primaire qui correspond au minimum à une année scolaire (1),
- l'allégement continu des programmes
font qu'un certain nombre de " bonnes habitudes " et de contenus, que l'école primaire a bannis, sont presque impossibles à acquérir ensuite au collège, a fortiori au lycée. Alors que la difficulté réelle des élèves pour apprendre une leçon provient du fait qu'on ne leur a jamais demandé d'entraîner leur mémoire, on recommande de leur faire des " cours de méthodologie ". Il est également facile de comprendre qu'à l'âge où ils développent leur autonomie, les élèves n'aient plus envie de passer beaucoup de temps à apprendre à faire des opérations ou à maîtriser des règles de grammaire, connaissances pourtant indispensables. Dans ces conditions, le discours actuel ne fait qu'entretenir l'illusion : on attend de l'élève qu'il soit autonome sans lui en avoir donné précédemment les moyens intellectuels.
De nouveaux projets de programmes (2) pour l'École élémentaire avaient été rendus publics en 1999 : ils proposaient, par exemple, de réduire l'apprentissage des opérations au point que la division de 43 par 3 n'était plus au programme. Passés à la trappe sans aucune explication, après avoir été " soumis à une consultation ", pourtant jugée positive, ils sont remplacés par un nouveau projet, lui aussi " soumis à consultation ". Nous avons pris connaissance de ce projet, fruit des travaux de la commission Joutard (3).
Nous faisons les constatations suivantes.
EN FRANÇAIS
UNE RÉDUCTION DE L'HORAIRE. L'horaire hebdomadaire en CE2 et CM est réduit à 6 heures - ce qui représente une perte de 3 heures sur 3 ans.
LA " MAÎTRISE DE LA LANGUE " SANS LA GRAMMAIRE. Le projet de grille horaire distingue la " maîtrise de la langue ", à laquelle n'est affecté aucun temps spécifique, de la grammaire. En d'autres termes, l'étude de la grammaire, l'apprentissage de ses règles, ne sont plus considérés comme directement liés à la " maîtrise de la langue ".
DES COUPES CLAIRES DANS LES CONTENUS. En 1995, par rapport aux instructions officielles de 1985, avaient déjà disparu des programmes : les compléments circonstanciels de manière, de but, de cause, de conséquence, etc. ; les conjonctions ; les pronoms interrogatifs ; le plus-que-parfait, le futur antérieur, le subjonctif passé ; la voix passive. En 2002, cette liste serait complétée par : la juxtaposition, la coordination, la subordination ; la conjugaison des verbes du 3ème groupe ; le passé simple [*]. Cette liste n'est pas, hélas, exhaustive. Elle montre, néanmoins, que l'on a décidé de poursuivre un mouvement de réduction des contenus enseignés, lequel se traduit par la réduction de l'horaire. On notera aussi l'incohérence qui consiste à demander aux élèves de lire ou d'écrire des " récits " sans connaître les temps du passé.
QUESTIONS DE METHODE. Les exercices dits systématiques, qui permettent de créer des automatismes sont définitivement bannis de l'enseignement primaire. Il ne saurait plus être question d'apprendre par cœur des tableaux de conjugaison, ni des règles d'orthographe.
EN MATHÉMATIQUES
Depuis 1995, les élèves sortant du primaire ne connaissent plus la multiplication des nombres décimaux et encore moins leurs divisions car " le calcul du produit ou du quotient de deux décimaux n'est pas un objectif du cycle " (4). Ils ne savent faire des opérations que sur les " petits nombres ". Les volumes ne peuvent qu'être évalués en litres suite à la disparition des unités de volumes et le km² n'existe plus… [**]
Pourtant, dans les 8 premières heures de géographie en sixième, le programme exige que " les élèves découvrent la complexité des rapports entre la densité de la population d'une part, la richesse et la pauvreté d'autre part " (5) : en fait ils " découvrent la complexité " d'opérations qu'ils ne savent pas faire, avec des unités qu'il ne connaissent pas. Anticipant l'esprit de la commission Joutard, les Inspecteurs Pédagogiques Régionaux d'histoire-géographie conseillent déjà de traiter la densité de population… sans la calculer. On pourra donc en " parler ".
Le nouveau projet de programme poursuit cette logique - mais en l'aggravant : en géométrie, disparaît tout apprentissage des volumes, la seule connaissance en matière d'aire est l'aire d'un rectangle dont les dimensions sont entières (mais pas trop grand, car les unités plus grandes que le mètre ne sont plus au programme), tandis que passent définitivement à la trappe l'aire et le périmètre du cercle.
Ma fille est en fin d’année de 5e, sans un collègue public classique et commence seulement à apprendre ce qu’est un adjectif qualificatif (ce qu’on apprenait avant en CE1) et un complément d’objet et quand je lui demande de me dire où est le sujet dans une phrase la réponse n’est pas toujours la bonne. Elle n’a jamais redoublé, n’est pas attardée, c’est juste une élève moyenne normale dans un collège normal avec d’autres élèves au même niveau qu’elle. Et on ose nous faire croire que tout va bien, qu’il ne faut rien changer, qu’on a une école « d’excellence ».
On nivelle l’enseignement par le bas depuis des années et chaque fois qu’un ministre (de quelque bord qu’il soit) essaye de faire quelque chose pour le rehausser, il se fait conspuer, on manifeste dans les rues, on fait grève en privant de cours des gamins et on envoie sur les roses les parents qui auraient le mauvais goût de se plaindre. Je trouve ça scandaleux.
Dans l’école primaire de mes enfants il y avait (elle a changé d’école depuis mais exerce toujours) une directrice qui était également institutrice. Elle ne pouvait pas écrire une phrase sans faire de fautes d’orthographe, les panneaux d’affichage à l’entrée de l’école avaient toujours au moins une faute, les comptes-rendus d’assemblées de parents étaient truffés de fautes d’orthographe mais aussi de grammaire, de syntaxe. Par exemple des « été » au lieu de « était », « ces » au lieu de « c’est » ou encore « il faut remplacé » au lieu de « remplacer ».
Elle était très gentille, certes, mais totalement incompétente à enseigner le français aux élèves. A tel point que les parents au courant de son incompétence demandaient à ce que leurs enfants ne soient pas dans sa classe. Et les autres ? Eh bien ils ont appris le français avec elle, ils ont des acquis qui ne sont pas les bons.
Mais il ne faut rien dire, surtout ne pas faire de vagues. L’enseignant est une personne intouchable et il est inenvisageable de remettre ses compétences en question. Donc les parents préfèrent se taire par peur de représailles sur leurs bambins (oui, parce qu’en général c’est ce qui arrive quand le parent se rebelle, on saque l’enfant).
Ce n’est ni plus ni moins qu’un vaste chantage organisé qui ne dit pas son nom. Et pendant ce temps nos enfants sont amenés gentiment à devenir les futurs adultes ignorants de demain, ils auront moins de chance pour trouver un job que ceux qui auront eu la chance de passer par le privé (qui en secondaire doit reprendre toutes les bases puisque sans les bases, impossible de construire quelque chose qui tienne n’est-ce pas), ils ne sauront pas s’exprimer correctement et ne comprendront pas ce qu’on leur donnera à lire (pour les mêmes raisons).
Est-ce vraiment raisonnable quand on est parent de continuer à se taire ?
Il n'y a pas qu'Ingrid Bétancourt
Depuis plusieurs années maintenant le même thème revient régulièrement à l'actualité : la libération d'Ingrid Bétancourt. Le battage médiatique est énorme, l'action des diplomates plus ou moins discrète reste vive. Et pendant ce temps on ignore totalement les 2 000 autres otages détenus avec elle. Une seule otage est importante, la française. Elle serait arménienne, personne n'en entendrait parler.
Ingrid Bétancourt est allée sur un territoire dont elle savait qu'il était hautement dangereux. Le gouvernement colombien lui avait défendu d'y aller en la prévenant que personne ne pourrait rien pour elle puisque le territoire appartient aux FARC et qu'aucun représentant de l'Etat colombien (police, armée) n'était autorisé à y pénétrer. Malgré cette mise en garde elle a choisi d'y aller, tout comme un skieur choisit de faire du hors piste en période d'avalanches obligeant des sauveteurs à risquer leur vie pour le tirer du mauvais pas dans lequel son irresponsabilité l'a conduit.
Alors bien sûr qu'il faut sortir Ingrid Bétancourt de là même si elle n'avait rien à y faire (une Colombienne m'a dit qu'elle n'avait "aucune légitimité" en Colombie...), même si elle a cru que son idéal suffirait à la rendre invincible. Pour autant je trouve indécent de faire un tel battage médiatique quand on sait que les autres détenus sont des Colombiens moyens qu'on kidnappe pour rançonner leurs familles qui n'ont pas la chance d'avoir le même soutien médiatique et financier.
Un minimum de décence s'impose vis à vis ces 2 000 otages qui ne sont pas allés chatouiller les FARC sur leur territoire mais qui ont été pris se promenant tranquillement dans la rue ou chez eux.
Combien valent 2 000 personnes colombiennes inconnues face à une seule française célèbre ? Et tous les autres otages du monde, les massacrés, tous ceux dont on ne parle pas ? Ils ne sont ni friqués, ni français, ni célèbres donc ils n'ont qu'à crever dans leur coin.
Je trouve qu'il y a des solidarités un peu inconvenantes...
Alors qu'on sauve Ingrid Bétancourt oui mais mettons la même énergie à sauver tous les autres otages détenus dans le monde.
C'est quoi les insultes autorisées ?
Pendant la funeste finale de foot qui a vu le départ de Zizou, tout le monde s’est offusqué de ce que les insultes à son égard étaient à caractère raciste. A ce moment on ne savait pas exactement de quoi il retournait mais une insulte envers Zidane devait fatalement être à caractère raciste (intéressante supposition d’ailleurs et sur laquelle il y aurait matière à méditer…).
Puis quand sont venues les explications, à savoir que sa famille avait été insultée, des haussements d’épaule sont apparus ça et là. Ce n’était donc que ça alors ? Mais comment ça, ce n’était que ça ?! Une insulte est une insulte, raciste ou non. Insulter un individu ou sa famille est une forme de haine. Après, que Zidane y ait réagi de cette façon reste discutable. Passons.
Ce n’est pas parce que les insultes sont devenues banales qu’elles sont anodines et les trouver négligeables sous prétexte qu’elles sont de mise à notre époque, je trouve ça inquiétant. Traiter sa sœur de pute n’est pas moins grave que de le traiter de « sale bougnoule » ! A moins que « pute » ne soit plus considéré comme une vraie insulte puisque aujourd’hui les filles se font traiter comme ça et que c’est normal. Tout est normal.
Le racisme est un vilain défaut, tellement vilain qu’il en est cristallisé jusqu’à en avoir perdu son sens premier (prendre un bon dico pour la définition exacte de ce mot) et qu’aujourd’hui la moindre insulte est qualifiée comme telle (sauf « pute » donc).
Il y a quelque temps, des Corses ont porté plainte pour insulte à caractère raciste contre Eddy Mitchell parce qu’il avait parlé de la Corse comme d’une « île de crétins ». Ils ont été déboutés parce que Corse n’est pas une race, pas plus que « bougnoule » ou « melon » (toujours en vigueur dans le sud-est de la France). C’est une xénophobie lamentable et pathétique - je ne parle pas des Corses ! - mais ce n’est pas du racisme.
Le rejet de l’autre est un fléau et le racisme n’en est que la partie la plus visible mais pas forcément la plus courante. Entrer de force dans le métro sans laisser les autres descendre est déjà une forme de rejet de l’autre.
Alors, j’aimerais bien qu’on me dise quelles insultes j’ai le droit de dire en toute tranquillité aux gens que je vais croiser dans la rue, à ceux qui auront une tête qui ne me reviendra pas, à ceux qui seront assis dans le métro alors que je serais debout, à ceux qui n’auront pas un comportement approprié selon mon point de vue. Si je les traite de « pédés » j’ai le droit ? C’est pas du racisme, « gros cons » c’est toujours pas du racisme, « pouffiasses » c’en est pas davantage. A quel moment une insulte devient inacceptable ?
L'ego nuit gravement au bonheur
...ou si on reprenait tout à zéro
Adam et Eve ont été chassés du Paradis pour avoir découvert l’ego. C’est à partir de là que ça a commencé à merder. L’être humain n’a plus pensé qu’à détruire l’autre et lui aussi du même coup. Le Paradis c’était l’amour pur, sans concession, sans arrière-pensée, l’innocence quoi.
Une poignée de milliers d’années plus tard, notre société actuelle prône le plein pouvoir de cet ego destructeur : il faut être le premier, le meilleur, l’unique et pour ça briser l’autre, le battre, le combattre. Et c’est précisément ce qui fait souffrir l’être humain, ne pas être l’unique, ne pas être le premier, ne pas être le meilleur et si on l’est ça ne dure pas, la dure loi de la vie fait qu’un autre prend la place, toujours. Une fleur en remplace une autre, un être naît pendant qu’un autre meurt, une civilisation brillante disparaît au profit d’une autre qui elle-même se perdra, une année se termine et déjà c’est l’an nouveau. Le monde est ainsi fait, rien ne dure, rien ne survit, tout change à chaque instant.
Dans cette course à la médaille (dans quel but au fait ? Rappelons-nous qu’on va tous mourir et que ça ne sera pas forcément dans longtemps) l’insatisfaction règne en permanence car arriver le premier est une chose, le rester en est une autre. Alors on compense par des plaisirs futiles qu’on veut nécessaires avec la complaisance de notre bonne vieille société de consommation et ses éminentes têtes de pubs pensantes qui passent des nuits blanches pour trouver comment nous pomper notre argent et notre âme avec. Le tout dernier portable à la mode qu’il est urgent d’acquérir parce qu’on nous fait comprendre que celui qu’on s’est offert il y a quatre mois est devenu obsolète. Puis c’est le home cinéma pour lequel on se ruine en crédit, la dernière voiture devant laquelle on a bavé au salon de l’automobile et qu’on rechignera à laver après quelques mois parce qu’elle nous sera devenue trop familière pour nous intéresser encore. La femme pour qui on se damnerait et à qui on va confier ses clés au bout de seulement quelques mois puis dont on se lassera, qu’on larguera ou qu’on trompera à terme parce qu’une autre, plus fraîche, plus neuve, passera par là. C’est la société Kleenex, on désire comme si notre vie en dépendait, on se ruine en argent ou en sentiment (voire les deux, il y en a qui cumulent !) puis on vire. La société nous crée des besoins et nous la laissons faire complaisamment, acceptant ainsi d’être en état de manque permanent, des drogués du consumérisme. Quel manque essayons-nous donc de compenser ? Le Paradis originel ? Ce paradis où il n’était pas besoin de se casser le bol pour savoir ce qu’on mangerait demain ou si notre patron daignerait nous accorder la prime de Noël ?
Au Japon le produit consommable préféré ce sont les chiens : on achète le toutou à la mode, on lui fait des brushings, on lui décore une chambre pour lui tout seul, on le pare de vêtements et de bijoux très brillants, on investit des sommes indécentes pour des chiens rendus malheureux par la bêtise humaine, pour compenser la frustration de n’avoir pas les enfants qu’on voudrait. Une fois le chien bien avili, une autre race devient à la mode et on abandonne (où ça ? bonne question…) le premier désormais démodé pour s’acheter le nouveau avec qui on recommence le même manège. A choisir il vaut mieux les faux chiens robots, ils remplissent la même fonction mais au moins ils ne souffrent pas et quand on en a marre il suffit juste de leur enlever les piles du cul.
Ainsi l’attrait de la nouveauté nous pousse à être sans cesse dans l’espoir, dans l’attente et finalement dans la frustration parce que rien n’est jamais tel qu’on l’imaginait, rien ne peut nous combler sur le long terme. Petits plaisirs de la vie certes mais inaptes à nous rendre véritablement heureux.
Le bonheur ? Il est vain de vouloir le trouver à l’extérieur de soi-même. Le bonheur s’apprend, se travaille, s’apprivoise. Oui on peut être heureux même dans l’adversité, même endetté, même largué, même manchot, même si on a une vie de chiottes. Certes ce n’est pas facile mais c’est faisable, ce qui est déjà une bonne nouvelle.
Il suffirait d’arrêter d’espérer, de se trouver des espaces de sérénité au lieu de s’étourdir dans des bruits, des multi activités, des médisances diverses, la musique dans une oreille et le téléphone dans l’autre tout en pianotant sur un clavier. Le bonheur versus l’abrutissement.
Alors la musique oui, le téléphone oui, le home cinéma oui mais à condition de ne pas penser qu’on n’est rien sans ça.
Bref, si on se calmait tout simplement ?
Notre vilaine manie est de nous représenter le monde comme étant opposable à nous, à « moi », à « mien », à « je ». Il y a moi d’abord… et les autres. Problème : on est tous l’autre de quelqu’un !
Considérer qu’on a plus de droits que les autres est une curieuse idée, d’où nous viendrait donc une telle supériorité ? Où est-il écrit que « mon » désir doit être satisfait avant le désir des autres ? Si l’on y réfléchit un peu, la réponse risque bien de sonner creux.
Suis-je un élu ayant plus le droit qu’un autre à obtenir telle récompense, tel succès, telle gonzesse ou tel mec, telle promotion ? Ça fait six milliards d’individus qui se croient élus. Forcément, les autres ont le même cerveau que nous, croient et aspirent à la même chose que nous, étonnant non ?!!
Imaginons qu’on abandonne l’idée que notre bonheur est plus important que celui de notre voisin, de notre rival, de celui qui ne partage pas notre sang ?
Si on pense à l’éventualité de la réincarnation (imaginons, j’ai dit), ne serait-il pas ironique de penser que le boucher du coin pourrait devenir un végétarien convaincu, le macho obsédé par la longueur de son sexe une plantureuse blonde, le policier chinois un moine tibétain, le politicien un sans-abri, le musulman un juif portant la kippa, Jean-Claude Van Damme un chercheur au CNRS J ?
Et pourquoi pas ? Et si nous devenions demain ce que nous détestons le plus aujourd’hui ? Envisager cela remettrait bien des idées préconçues au placard et ça ne nous ferait pas de mal.


















